15 février 2012 - 14 réactions
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"Il y a la fameuse légende de la déportation des homosexuels. Il faut être très clair là aussi. Manifestement Himmler avait un compte personnel à régler avec les homosexuels. En Allemagne, il y a eu la répression des homosexuels et la déportation qui a conduit à à peu près 30 000 déportés. Et il n'y en a pas eu ailleurs. Et notamment en dehors des trois départements annexés, il n'y a pas eu de déportation des homosexuels en France".
Jean-François Copé "ne se dérobera pas"
Ces propos, tenus vendredi lors d'une interview accordée par le député du Nord Christian Vanneste au site LibertePolitique, ont eu l'effet d'une bombe à retardement. Sur Internet, et Twitter notamment, les réactions affluent de toutes parts depuis ce mardi soir. Même chose dans la classe politique, où Vanneste a sucité l'émoi jusqu'au sein de l'UMP et même du Front National.
Ce mercredi matin, Jean-François Coppé a déclaré qu'"il ne se déroberait pas" et qu'il réclamerait des sanctions, tandis que Louis Alliot, numéro 2 du parti frontiste et directeur de campagne de sa compagne Marine Le Pen, invitait Vanneste à "relire ses livres d'histoire", comme le relaie Rue89, avant d'ajouter : "Pour le coup, c'est une vraie bêtise".
Vers une exclusion du parti ?
Les nouvelles déclarations homophobes de Christian Vanneste ont été abordées longuement lors de la réunion à huis clos du Bureau politique de l'UMP, ce mercredi matin. Selon des sources de l'UMP, M. Vanneste devrait être exclu du parti présidentiel. En fin de matinée, ce mercredi, un communiqué annonçait que Vanneste serait privé d'investiture aux législatives. Une privation non-encore confirmée.
"En tant que déléguée générale en charge des élections de l'UMP, je suis favorable à lui retirer l'investiture de notre mouvement", a écrit Nadine Morano sur son compte Twitter. Sur le même réseau social, le député des Alpes-Maritimes Eric Ciotti a pour sa part qualifié de "propos honteux" les déclarations de Christian Vanneste. "J'ai demandé son exclusion de l'UMP en bureau politique", a-t-il ajouté.
Vanneste : "Je n'ai tenu aucun propos condamnable. Je pense que cette histoire est stupide"
En fin de matinée, sur Europe1, Christian Vanneste est revenu sur cette polémique. "Il suffit de se reporter à mes propos pour voir qu'il n'y a aucun motif d'exclusion puisque je n'ai fait que citer des faits", a-t-il assuré. "Je condamne évidemment fermement la déportation des homosexuels", a encore affirmé le principal concerné avant de dénoncer la pression d'un "lobby qui me poursuit depuis bien des années". "Si (les députés UMP) sont assez bêtes pour obéir à un lobby, qui défend des idées qui ne sont pas celles du PR, ils commettront une erreur", a-t-il encore déclaré.
Contacté par Le Monde, le député du Nord a indiqué "en avoir marre. Je n'ai pas à revenir sur mes propos, je n'ai tenu aucun propos condamnable. Je pense que cette histoire est stupide". Il maintient "qu'il n'y a pas eu de déportés homosexuels en France, en dehors des trois départements rattachés à l'Allemagne" et affirme "condamner absolument cette déportation horrible". Avant d'ajouter : "Si je me suis trompé, je ferai amende honorable, il n'y a pas de problème".
Si les précisions apportées par l'historien Mickaël Bertrand (lire ci-dessous) prouvent que Vanneste omet tout de même les quelques cas - certes rares - de déportation d'homosexuels français recencés, on ne peut que s'interroger sur la pertinence, ou la nécessité, d'une telle "sortie" médiatique. D'autant plus qu'il y a fort à parier que l'UMP se serait bien passée de cette nouvelle polémique, à quelques heures seulement de l'officialisation de la candidature de Nicolas Sarkozy.
Les précédents de Vanneste
C'est toutefois loin d'être la première fois que le député du Nord se lance dans une déclaration à l'emporte-pièces avec pour seule cible les homosexuels et l'homosexualité en général. En 2009, Christian Vanneste avait déjà déclaré que "l'homosexualité est une erreur de parcours du développement de la personnalité sexuelle". Il y a quelques mois, il était allé jusqu'à comparer homosexualité et pédophilie, avant de qualifier l'homosexualité "d'anomalie anthropologique" et de dénoncer le "lobby gay". Registre sur lequel il est encore revenu ce mercredi : "Je commence à avoir marre de ce climat qui règne à l'UMP. Selon lui, le parti présidentiel ne cherche qu'à plaire à ce prétendu "lobby gay" : "A l'UMP, ils se disent que le lobby est contre nous. Il faut réagir"...
La nature négationniste de ces propos
Concernant la nature même des propos tenus par Vanneste, Mickaël Bertrand, un historien ayant notamment dirigé l'ouvrage collectif intitulé "La Déportation pour motif d'homosexualité en France", estime à 62 en France le nombre de "déportés qui ont été envoyés dans des prisons et des camps allemands en raison de leur homosexualité" (où ils devaient porter un triangle rose), comme le rapporte Rue89. L'historien précise toutefois sur son blog que "cela ne signifie pas pour autant que des centaines d'homosexuels français n'ont pas été déportés en tant que juifs, communistes et/ou résistants".
Combien de personnes en Europe et en France ont été déportées dans les camps de concentration en raison de leur homosexualité ?
"A l'échelle européenne, on accepte une estimation de 5.000 à 15.000, reconnue par le mémorial de l'Holocauste de Washington. En France, on a longtemps estimé ce chiffre à plusieurs milliers mais depuis nos recherches, il y a trois ans, on recense 63 déportés vraisemblablement pour motif d'homosexualité. Mais on n'a pas la preuve réelle qu'elles ont été arrêtées en raison de leur sexualité. On travaille au cas par cas. Il y en a vraisemblablement plus mais cela se joue à quelques dizaines. Ca ne veut pas dire qu'il n'y a pas eu de déportés homosexuels pour d'autres motifs parce qu'ils étaient juifs, résistants...etc. On n'a aucun exemple de femme homosexuelle déportée pour ce motif en France. Il y en a quelques unes en Allemagne. Le lesbiannisme était moins visible et les nazis eux-mêmes ne le considéraient pas comme une déviance, tandis que l'homosexuel masculin gâchait à leurs yeux la semence nazie pour repeupler la race aryenne".
Les archives françaises mentionnent-elles ces déportations ?
"Pas vraiment. Il faut se remettre dans le contexte de l'époque. Dans les années 20, 30, l'homosexualité était assez bien acceptée à Berlin et Paris, considérées comme des villes plutôt ouvertes sur cette question. Puis il y eut le coup de tonnerre de la fin des années 30. On en retrouve des traces, notamment une lettre d'un sénateur français se plaignant de ne plus savoir comment traiter les homosexuels dans le port de Toulon. La réaction du gouvernement à ce moment-là est de dire qu'on ne peut pas faire de fichage ni les persécuter. On les attaque mais autrement (pour attentat à la pudeur, racolage sur la voie publique, relations sexuelles avec des mineurs...)".
Les déportés dont l'homosexualité a été la cause de déportation ont-ils été indemnisés ?
"La sexualité est considérée dans le droit français comme quelque chose d'intouchable. Les historiens ont souvent accès à ces dossiers par dérogation. Plusieurs cas apparaissent. Jusqu'aux années 60 environ, l'homosexuel rentré des camps de concentration ne raconte pas et sinon, on ne l'écoute pas. Ensuite, certains ont fait des demandes d'indemnisation en sachant pertinemment que leur motif était leur homosexualité. L'administration française a refusé. Ensuite, ça a été le combat de Pierre Seel, décédé en 2005. C'est le seul déporté pour motif d'homosexualité qui se soit fait connaître et le seul connu à avoir été indemnisé à ce jour. Il a obtenu cette reconnaissance au début des années 90. Rudolf Brazda, que j'ai rencontré, était allemand.
Le ministre Thierry Mariani, cofondateur de la Droite populaire à
laquelle appartient Christian Vanneste, par tweet : "J'ai mené avec Christian Vanneste bien des combats et nos points de vue se rejoignent sur bien des sujets (...). Pour autant, je ne peux me résoudre à le laisser continuer à s'engager sur le terrain de la provocation et sur celui du négationnisme". "Je veux donc condamner le plus fermement ses récents propos".
Martine Aubry, première secrétaire du PS, dans un communiqué : "Je condamne avec la plus grande sévérité les propos M. Vanneste niant la déportation des homosexuels pendant la Seconde guerre mondiale. Ce sont une fois de plus des affirmations abjectes, marquées par une homophobie insupportable, qui excluent définitivement M. Vanneste du cercle des élus républicains".
Najat Vallaud-Belkacem, porte-parole de François Hollande, dans un communiqué : "Très au-delà de l'homophobie, Vanneste est un négationniste. Il déshonore bien plus que l'UMP qui a perdu son âme et ses valeurs, il déshonore l'Assemblée nationale, la République, la France: c'est une honte qui rejaillit sur tous ceux qui se taisent, et baissent les yeux. Nier les faits historiques de déportation des homosexuels n'est pas une opinion, c'est un délit."
Eva Joly, candidate à la présidentielle: "Le député UMP Christian Vanneste désormais coutumier des dérapages homophobes vient de passer un cran supplémentaire dans l'ignoble" en faisant "une référence sans nuances aux propos négationnistes". "Nier l'existence et la souffrance de ces milliers d'êtres déportés pour leur orientation sexuelle renvoie à la même abjection que leurs bourreaux". "L'UMP - qui a trop tardé à sanctionner Christian Vanneste ne doit pas seulement aujourd'hui l'exclure, mais elle doit aussi contribuer à le faire battre, car de tels propos ne sont pas admissibles sur les bancs de la représentation nationale" (communiqué).
Salima Saa, secrétaire nationale de l'UMP: "Christian Vanneste s'est laissé aller à une provocation inacceptable sur les homosexuels. Ses propos sont non seulement inexacts puisque l'Histoire prouve que la déportation des homosexuels n'est pas +une légende+. Ils sont surtout scandaleusement stigmatisants. Enfin, lorsque Christian Vanneste dit : "qu'est-ce que c'est qu'un homosexuel ? [...] C'est, je refuse l'autre", on atteint des sommets de bêtise. Il est indispensable de dire combien l'UMP ne se retrouve en rien dans les valeurs et les provocations de Christian Vanneste" (communiqué).
Yann Wehrling, porte-parole du MoDem: "les propos révisionnistes de Christian Vanneste sont grotesques et franchissent une nouvelle étape dans la surenchère extrémiste. Mais la responsabilité de ce climat délétère est à rechercher dans les propos du président de la République lui-même, dans son interview du Figaro magazine. Sa mise à l'index des homosexuels libère les paroles et ceci a de quoi inquiéter tous les démocrates et humanistes de ce pays qui, plus que jamais, auront des choix très clairs à faire dans les jours et semaines qui viennent".
PCF : Ces "propos sont inqualifiables et indignes d'un élu de la République". "Vanneste est un récidiviste en matière d'homophobie" qui "se roule désormais dans la fange négationniste". "Le président-candidat Sarkozy qui, pour s'assurer le ralliement de Christine Boutin, nie aux couples de même sexe le droit au mariage et à l'adoption, doit à son tour condamner sans équivoque ces propos" (communiqué).